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Rupture du ligament croisé chez le chien :
les signes à l'examen et à la radiographie

Une rupture du ligament croisé peut être suspectée sans voir le ligament lui-même. À l'examen, certains épaississements et mouvements anormaux du genou sont évocateurs. Sur les radiographies, le vétérinaire recherche surtout un épanchement, des néoformations osseuses et parfois un déplacement du tibia.

Radiographie de profil du genou et du tibia d'un chien, réalisée au cabinet Colvet

Radiographie de profil du genou d'un chien réalisée au cabinet.

Le ligament ne se voit pas, ses conséquences si

Le diagnostic d'une rupture du ligament croisé repose sur un faisceau d'indices : ce que le vétérinaire sent sous ses doigts, les mouvements anormaux du genou et les modifications visibles sur les radiographies. Voici les signes pratiques à connaître.

Comment suspecter une rupture du ligament croisé ?

Le ligament croisé crânial est situé à l'intérieur du genou. Lorsqu'il se rompt partiellement ou complètement, l'articulation devient inflammatoire et instable. Le diagnostic repose sur la concordance entre les anomalies décelées à la palpation, les tests de stabilité et les signes visibles sur les radiographies.

Le ligament lui-même n'est pas visible sur une radiographie standard. Les clichés montrent ses conséquences sur l'articulation, tandis que l'examen permet de rechercher directement un épaississement ou un mouvement anormal du genou.

À l'examen : l'empâtement du tendon patellaire

Chez un chien sain, les deux bords du tendon patellaire — appelé plus exactement ligament patellaire — sont facilement palpables, avec un léger creux de chaque côté. Lorsqu'un épanchement et une fibrose périarticulaire se développent, ses contours deviennent moins nets et les creux disparaissent. Le ligament patellaire donne alors l'impression d'être empâté dans le coussinet graisseux infrapatellaire.[6]

La comparaison simultanée des deux genoux aide à mettre en évidence une différence parfois discrète.

À l'examen : la « bosse médiale »

La bosse médiale, ou medial buttress, est un épaississement ferme palpable sur la face interne du genou, à proximité de la partie proximale du tibia. Elle correspond à une fibrose périarticulaire développée en réponse à une instabilité chronique.[6]

Elle est surtout rencontrée lorsque l'atteinte évolue depuis un certain temps. Elle se recherche plus facilement en comparant les deux genoux sur un chien debout.

À l'examen : le tiroir direct et le tiroir indirect

Le signe le plus direct est une avancée anormale du tibia par rapport au fémur. Le vétérinaire peut la rechercher de deux manières :

  • par le test du tiroir direct, en mobilisant le tibia vers l'avant tout en maintenant le fémur ;
  • par le test du tiroir indirect, qui reproduit les forces exercées sur le genou lors de l'appui.[6]

Un mouvement net confirme l'instabilité. Il peut néanmoins être difficile à percevoir lors d'une rupture partielle, chez un chien très contracté ou lorsqu'une fibrose importante limite les mouvements. L'absence de tiroir évident ne suffit donc pas à exclure une atteinte du ligament croisé.

Les autres éléments qui renforcent la suspicion

Le vétérinaire recherche également :

  • une augmentation globale du volume du genou ;
  • une douleur lors de la flexion ou de l'extension ;
  • une diminution de l'amplitude articulaire ;
  • une fonte musculaire de la cuisse lors d'évolution chronique ;
  • une différence nette entre les deux genoux.[6]

Ces constatations ne sont pas toutes spécifiques, mais leur association oriente fortement la suite de l'examen. Elles rejoignent les symptômes observés à la maison : boiterie d'une patte arrière, rechute à l'arrêt des anti-inflammatoires, difficulté à s'asseoir.

Ce que le vétérinaire recherche sur les radiographies

La radiographie met principalement en évidence :

  1. les néoformations osseuses liées à l'arthrose ;
  2. l'épanchement articulaire et ses effets sur les tissus mous du genou ;
  3. le déplacement crânial du tibia par rapport au fémur lorsqu'il est présent.

Ces modifications doivent toujours être rapprochées de l'examen orthopédique.[1–4]

Les néoformations osseuses : le signe chronique le plus évident

La rupture du ligament croisé entraîne une instabilité du genou. Avec le temps, cette instabilité favorise le développement d'arthrose et la formation d'os nouveau autour de l'articulation. Ces excroissances osseuses sont appelées ostéophytes lorsqu'elles se développent en bordure de l'articulation et enthésophytes lorsqu'elles apparaissent au niveau de l'insertion d'un tendon ou d'un ligament.

Ce sont souvent les anomalies les plus faciles à montrer sur une radiographie ancienne ou évoluée. Parmi les différents signes d'arthrose, l'ostéophytose est également l'une des modifications qui progresse le plus nettement avec le temps.[1]

Les systèmes de cotation radiographique publiés évaluent notamment les sites suivants :

  • le bord proximal et le bord distal de la rotule ;
  • les bords de la trochlée fémorale ;
  • les condyles fémoraux ;
  • les marges crâniale, caudale, médiale et latérale du plateau tibial ;
  • les fabelles, petits os situés à l'arrière du fémur ;
  • l'os sésamoïde du muscle poplité.[2]

Sur un cliché de profil, les productions osseuses de la rotule, de la trochlée, du plateau tibial et des fabelles sont généralement les plus démonstratives. Sur la vue de face, les remaniements des marges médiale et latérale du fémur et du tibia sont plus faciles à apprécier.

À gauche, vue de profil : ostéophytes sur la rotule, la trochlée fémorale, le plateau tibial et les fabelles. À droite, vue de face : remaniements des bords du fémur et du tibia. Ces néoformations osseuses témoignent d'une arthrose installée, fréquemment associée à l'instabilité provoquée par la maladie du ligament croisé. Cliquer pour agrandir.

L'épanchement articulaire : un signe souvent plus précoce

Lorsqu'un genou est inflammatoire, du liquide synovial s'accumule dans l'articulation. La radiographie ne montre pas distinctement ce liquide, mais elle montre les modifications qu'il provoque sur les tissus mous environnants.

Sur une radiographie de profil normale, le coussinet graisseux infrapatellaire forme une zone triangulaire plus sombre, située juste derrière le ligament patellaire. En présence d'un épanchement, ce coussinet graisseux est comprimé, déplacé vers l'avant et devient moins nettement visible. Les plans graisseux situés à l'arrière du genou peuvent parallèlement être repoussés vers l'arrière.[3, 4]

L'effacement du coussinet graisseux infrapatellaire est décrit comme l'un des signes radiographiques précoces de la maladie du ligament croisé. Il reste néanmoins non spécifique : toute affection provoquant une synovite ou un épanchement du grasset peut produire une image comparable.[3, 4]

À gauche, genou normal : le coussinet graisseux situé derrière le ligament patellaire forme une zone sombre bien délimitée. À droite, l'augmentation de l'opacité des tissus mous dans l'articulation comprime ce coussinet graisseux. Cet aspect traduit un épanchement articulaire, fréquent lors de maladie du ligament croisé mais non spécifique de celle-ci. Cliquer pour voir les clichés entiers.

Un épanchement et une modification du coussinet graisseux peuvent aussi être présents dans l'autre genou avant l'apparition d'une rupture cliniquement détectable de ce côté.[3, 4] Cela justifie d'examiner les deux genoux lorsque la maladie du ligament croisé est suspectée.

Le déplacement crânial du tibia : un signe beaucoup plus spécifique

Le ligament croisé crânial limite normalement l'avancée du tibia par rapport au fémur. Après une rupture complète, le tibia peut apparaître déplacé vers l'avant sur une radiographie médiolatérale.

Lorsqu'elle est visible sur un cliché standard correctement positionné, cette anomalie constitue un argument très fort en faveur d'une rupture complète.[5]

Radiographie de profil du genou d'un chien : le plateau tibial est avancé par rapport aux condyles du fémur
Le tibia est déplacé vers l'avant par rapport au fémur. Ce signe est fortement associé à une rupture complète du ligament croisé, mais il n'est visible que chez une partie des chiens atteints. Cliquer pour voir le cliché entier.

Cette translation ne permet pas de conclure à une lésion du ménisque : celui-ci doit être évalué séparément.[5]

Les autres remaniements radiographiques

D'autres anomalies peuvent accompagner l'arthrose du grasset :

  • sclérose de l'os sous-chondral ;
  • épaississement de la capsule et des tissus mous périarticulaires ;
  • épaississement du ligament patellaire ;
  • petites zones de raréfaction osseuse sous-chondrale ;
  • minéralisation intra-articulaire ou méniscale.[1, 2]

Ces signes participent à l'évaluation globale du genou, mais ils sont moins directement évocateurs d'une maladie du ligament croisé que l'association entre ostéophytes, épanchement et instabilité tibiale. La sclérose sous-chondrale est notamment moins reproductible entre observateurs que la cotation de l'ostéophytose ou de l'épanchement.[1]

Ce que la radiographie ne permet pas d'affirmer

Même lorsqu'elle est très anormale, une radiographie ne permet pas :

  • de voir directement le ligament croisé ;
  • de distinguer avec certitude une rupture partielle d'une rupture complète en l'absence de subluxation ;
  • de confirmer ou d'exclure une lésion méniscale ;
  • de mesurer précisément la douleur ressentie par le chien.

Le diagnostic définitif repose donc sur la concordance entre l'histoire clinique, l'examen orthopédique — notamment la recherche d'un tiroir direct ou indirect — et les signes radiographiques. Une sédation peut être utile lorsque la douleur ou la contraction musculaire empêche une manipulation et un positionnement fiables.[6]

En pratique : les signes qui doivent attirer l'attention

À l'examenSur la radiographie
Empâtement et perte de netteté des bords du tendon patellaireEffacement ou déplacement crânial du coussinet graisseux infrapatellaire
Bosse médiale fermeOstéophytes autour de la rotule, de la trochlée, du plateau tibial ou des fabelles
Tiroir direct ou tiroir indirectTranslation crâniale du tibia lorsqu'elle est visible
Genou épaissi, douloureux ou moins mobileÉpaississement capsulaire et remaniements périarticulaires
Fonte musculaire de la cuisseSignes d'arthrose plus ou moins évolués

Plusieurs de ces signes peuvent être présents simultanément, mais aucun tableau n'est obligatoire. Les ruptures partielles peuvent notamment provoquer un épanchement et un empâtement du tendon patellaire sans tiroir direct facilement perceptible.

Tous les signes ne sont pas nécessairement présents chez le même chien. Une boiterie postérieure associée à des néoformations osseuses du genou, un épanchement, un empâtement du tendon patellaire ou une bosse médiale mérite déjà un examen orthopédique complémentaire, même si aucun tiroir direct évident n'a pu être mis en évidence.

L'interprétation des radiographies chez Colvet

Au cabinet Colvet à Cessange, l'interprétation des clichés est toujours associée à un examen orthopédique complet et, lorsque cela est indiqué, à une comparaison des deux genoux. Nous recherchons systématiquement les néoformations osseuses, les signes d'épanchement et un éventuel déplacement du tibia.

Lorsque la rupture est confirmée et qu'une TPLO est envisagée, des radiographies parfaitement positionnées servent ensuite à mesurer l'angle du plateau tibial et à planifier la correction chirurgicale. Ces interventions sont réalisées dans notre bloc chirurgical ; l'ensemble de la prise en charge du ligament croisé est détaillé sur notre page dédiée.

Sources scientifiques

Cet article s'appuie sur les publications vétérinaires suivantes :

  1. Innes JF, Costello M, Barr FJ, Rudorf H, Barr ARS. Radiographic progression of osteoarthritis of the canine stifle joint: a prospective study. Veterinary Radiology & Ultrasound. 2004;45(2):143–148. doi.org/10.1111/j.1740-8261.2004.04024.x
  2. Boyd DJ, Miller CW, Etue SM, Monteith G. Radiographic and functional evaluation of dogs at least 1 year after tibial plateau leveling osteotomy. Canadian Veterinary Journal. 2007;48(4):392–396. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17494366
  3. Fuller MC, Hayashi K, Bruecker KA, et al. Evaluation of the radiographic infrapatellar fat pad sign of the contralateral stifle joint as a risk factor for subsequent contralateral cranial cruciate ligament rupture in dogs with unilateral rupture. Journal of the American Veterinary Medical Association. 2014;244(3):328–338. doi.org/10.2460/javma.244.3.328
  4. Chuang C, Ramaker MA, Kaur S, et al. Radiographic risk factors for contralateral rupture in dogs with unilateral cranial cruciate ligament rupture. PLOS ONE. 2014;9(9):e106389. doi.org/10.1371/journal.pone.0106389
  5. Olson NJ, Weeren FR, van Eerde E. Correlation of spontaneous radiographic cranial tibial translation with complete cranial cruciate ligament rupture and medial meniscal tears in dogs. PLOS ONE. 2023;18(12):e0296252. doi.org/10.1371/journal.pone.0296252
  6. Harasen G. Diagnosing rupture of the cranial cruciate ligament. Canadian Veterinary Journal. 2002;43(6):475–476. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12058576

Article d'information générale. Il ne remplace pas une consultation : seul un examen vétérinaire permet d'établir un diagnostic et de proposer le traitement adapté à votre animal.