Qu'est-ce qu'une luxation de la hanche ?
La hanche est constituée de la tête du fémur, normalement logée dans une cavité appelée acétabulum. Elle est stabilisée par la capsule articulaire, un ligament situé au centre de l'articulation et les muscles qui entourent le bassin.
Lors d'une luxation, la tête fémorale quitte complètement l'acétabulum. Les structures qui maintiennent l'articulation en place sont alors étirées ou déchirées.
Chez le chien, la tête du fémur se déplace le plus souvent vers le haut et vers l'avant du bassin. On parle alors de luxation craniodorsale.
Comment une hanche peut-elle se luxer ?
La luxation est généralement consécutive à un traumatisme :
- accident de la voie publique ;
- chute ;
- choc violent ;
- accident pendant une course ou un jeu ;
- membre resté coincé ;
- collision avec un autre animal.
Comme la force nécessaire pour luxer une hanche saine est importante, d'autres lésions peuvent être présentes : fractures, traumatisme thoracique ou abdominal, atteinte de la colonne vertébrale ou lésions d'un autre membre.
Plus rarement, une luxation peut survenir après un traumatisme relativement modéré lorsque la hanche était déjà instable, notamment en présence d'une dysplasie.
Quels sont les signes ?
Les symptômes apparaissent généralement brutalement. Le chien peut présenter :
- une absence complète d'appui sur le membre ;
- une douleur importante ;
- une position anormale de la patte ;
- un membre qui semble plus court ;
- une difficulté ou une impossibilité à se lever ;
- une réticence à être touché au niveau de la hanche ;
- un gonflement ou des plaies associés au traumatisme.
La position du membre dépend de la direction dans laquelle la tête fémorale s'est déplacée. L'aspect extérieur ne permet donc pas, à lui seul, de confirmer la luxation. D'autres causes de boiterie brutale peuvent donner un tableau comparable.
Que faire immédiatement ?
Une luxation de la hanche doit être examinée rapidement. En attendant la consultation :
- limitez autant que possible les déplacements ;
- portez le chien s'il peut être manipulé sans danger ;
- évitez les sols glissants ;
- ne tentez pas de tirer sur le membre ;
- ne cherchez pas à remettre vous-même l'articulation en place ;
- ne donnez pas de médicament humain contre la douleur.
Après un accident important, l'urgence n'est pas toujours la hanche elle-même. La respiration, la circulation et la recherche de lésions internes sont prioritaires avant toute manipulation orthopédique ou anesthésie.
Comment confirme-t-on le diagnostic ?
Le vétérinaire commence par examiner l'ensemble du chien, particulièrement lorsque la luxation fait suite à un accident.
L'examen orthopédique permet d'évaluer la position du membre, la douleur, la mobilité de la hanche et la présence éventuelle d'autres lésions.
Des radiographies du bassin sont indispensables. Elles permettent :
- de confirmer la luxation ;
- d'en déterminer la direction ;
- de rechercher une fracture du bassin ou du fémur ;
- d'évaluer la forme de la tête fémorale et de l'acétabulum ;
- de détecter une éventuelle dysplasie ou une arthrose préexistante.
D'autres radiographies ou examens peuvent être nécessaires si un polytraumatisme est suspecté.
Peut-on remettre la hanche en place sans chirurgie ?
Oui, dans certaines situations. Cette manipulation s'appelle une réduction fermée : la tête du fémur est replacée dans l'acétabulum sans ouvrir chirurgicalement l'articulation.
Elle est réalisée sous anesthésie générale ou, dans certains cas, sous sédation profonde associée à une analgésie adaptée. La procédure serait trop douloureuse sur un animal éveillé et la contraction musculaire empêcherait une manipulation correcte.
Une réduction fermée peut notamment être envisagée lorsque :
- la luxation est récente ;
- aucune fracture articulaire n'est présente ;
- la forme initiale de la hanche est satisfaisante ;
- il n'existe pas d'arthrose importante ;
- l'articulation paraît suffisamment stable après réduction.
Les chances de réussite sont généralement meilleures lorsque la luxation est traitée rapidement, idéalement dans les premiers jours. Avec le temps, la contraction musculaire, l'inflammation et la formation de tissus autour de l'articulation rendent la réduction plus difficile.
Pourquoi la hanche peut-elle ressortir ?
Remettre la tête fémorale dans l'acétabulum ne répare pas immédiatement les structures qui ont été déchirées pendant l'accident.
Une nouvelle luxation peut notamment être favorisée par :
- une rupture importante de la capsule articulaire ;
- une mauvaise stabilité après la réduction ;
- une dysplasie préexistante ;
- une fracture passée inaperçue ;
- la présence de tissus ou de fragments dans l'articulation ;
- une luxation ancienne ;
- un mouvement brusque pendant la convalescence.
Environ une réduction fermée sur deux reste durablement en place. Cette estimation varie selon la direction de la luxation, l'état de la hanche et la méthode de contention employée. Malgré ce risque de récidive, la réduction fermée reste intéressante lorsqu'elle est indiquée, car elle peut éviter une chirurgie (étude rétrospective portant sur 171 chiens).
Que se passe-t-il après une réduction fermée ?
Des radiographies de contrôle sont réalisées pour vérifier que la tête du fémur est correctement repositionnée.
Selon la direction de la luxation et la stabilité obtenue, un bandage maintenant temporairement le membre dans une position déterminée peut être proposé. Ce type de contention n'est toutefois pas adapté à tous les chiens.
Un bandage de hanche doit être surveillé très attentivement. Il peut glisser, irriter la peau ou provoquer des lésions de compression. Une étude consacrée aux luxations craniodorsales a notamment rapporté un taux élevé de complications avec le bandage d'Ehmer (Schlag et al., 2019). Son utilisation doit donc être décidée au cas par cas et accompagnée de contrôles rapprochés.
Une restriction stricte de l'activité est ensuite nécessaire. Les sorties sont courtes et réalisées en laisse, sans course, saut, escalier ni jeu avec d'autres animaux.
Quand faut-il opérer ?
Une intervention chirurgicale peut être indiquée lorsque :
- la réduction fermée est impossible ;
- la hanche ressort immédiatement ou rapidement ;
- l'articulation reste instable ;
- la luxation est ancienne ;
- une fracture est associée ;
- la hanche présente une dysplasie ou une arthrose importante ;
- la configuration de l'articulation rend une nouvelle luxation très probable.
Plusieurs techniques sont possibles. Le choix dépend de l'âge et du poids du chien, de l'état de l'articulation, de la présence d'autres blessures et du niveau fonctionnel recherché.
La réduction chirurgicale et la stabilisation de la hanche
Lorsque l'articulation peut être conservée, la hanche est remise en place chirurgicalement puis stabilisée.
Différentes techniques peuvent être employées :
- reconstruction ou renforcement de la capsule articulaire ;
- mise en place d'une prothèse du ligament de la tête fémorale ;
- stabilisation par ancre ou système de type toggle pin ;
- autres montages adaptés à la direction de la luxation.
Les implants maintiennent temporairement la hanche pendant que les tissus lésés cicatrisent. La conformation de l'articulation doit néanmoins être suffisamment bonne pour espérer une stabilité durable.
L'ablation de la tête et du col du fémur
Lorsque la hanche ne peut pas être replacée durablement, il est possible de retirer la tête et le col du fémur. Cette intervention est également appelée excision ou résection de la tête et du col fémoral.
Une pseudo-articulation fibreuse se forme progressivement entre le fémur et le bassin. L'objectif est de supprimer le contact osseux douloureux, et non de reconstruire une hanche anatomiquement normale.
Le résultat dépend notamment :
- du poids et de la morphologie du chien ;
- de sa musculature ;
- de l'importance des lésions préexistantes ;
- de la qualité de la rééducation ;
- de la présence éventuelle d'autres affections orthopédiques.
Cette opération peut apporter un très bon confort chez les chiens correctement sélectionnés, même si une légère différence de démarche ou d'amplitude peut persister.
La prothèse totale de hanche
La prothèse totale remplace la tête du fémur et l'acétabulum par des implants. Elle permet de recréer une véritable articulation et offre généralement la récupération la plus proche d'une fonction normale.
Elle peut être envisagée lorsqu'une luxation est associée à une dysplasie ou à une arthrose importante, ou lorsqu'une fonction articulaire optimale est recherchée.
Cette chirurgie nécessite une sélection rigoureuse du patient et un respect strict des consignes postopératoires.
Quelle récupération faut-il prévoir ?
La durée de récupération varie selon le traitement réalisé.
Après une réduction ou une stabilisation chirurgicale, plusieurs semaines sont nécessaires pour permettre la cicatrisation des structures qui entourent la hanche. Une restriction d'activité d'environ six à huit semaines est fréquemment recommandée, puis l'exercice est réintroduit progressivement.
Après une ablation de la tête et du col fémoral, la mobilisation contrôlée et la rééducation occupent une place particulièrement importante. Elles permettent de préserver l'amplitude de mouvement et de favoriser la formation d'une pseudo-articulation fonctionnelle.
Dans tous les cas, le programme doit être personnalisé. Un chien ayant subi un accident important ne récupère pas de la même manière qu'un chien présentant une luxation isolée.
Quel est le pronostic ?
Le pronostic est généralement bon lorsque la luxation est prise en charge rapidement et que les lésions associées sont correctement identifiées.
Les principales complications sont :
- une nouvelle luxation ;
- une irritation liée au bandage ;
- une infection ou un problème d'implant après chirurgie ;
- une diminution persistante de l'amplitude de la hanche ;
- une fonte musculaire ;
- le développement progressif d'arthrose.
Une récidive après réduction fermée ne signifie pas qu'aucune solution n'est possible. Une stabilisation chirurgicale ou une autre intervention peut alors être envisagée.